Description
Et si nous découvrions sur Terre les restes d’une forme de vie inconnue ? Serions-nous seulement capables de reconnaître ce qui ne ressemble à rien de ce que nous connaissons ?
Tout commence par une découverte aussi improbable que troublante. Dans le massif du Mont-Blanc, les restes d’un étrange organisme sont retrouvés dans la glace. Sa morphologie défie les classifications habituelles et, nichée en son sein, une mystérieuse plaque métallique intrigue les scientifiques. L’organisme est bientôt surnommé « Lucienne ». Que peut-elle bien être ? Une espèce terrestre encore inconnue ? Une forme de vie venue d’ailleurs ? Les analyses commencent, les hypothèses se multiplient et l’enquête s’élargit.
Avec Sommes-nous seuls (dans l’univers) ?, la photographe Alexa Brunet, l’astrophysicien Roland Lehoucq et le paléontologue Jean-Sébastien Steyer s’emparent de l’une des questions les plus anciennes et vertigineuses de l’humanité : existe-t-il d’autres formes de vie dans l’Univers ? Photographies, analyses scientifiques, témoignages, archives et pièces à conviction se succèdent, brouillant librement les frontières entre réel et fiction. Lucienne nous conduit des témoignages de phénomènes inexpliqués et des archives du GEIPAN jusqu’aux observatoires où les scientifiques scrutent méthodiquement le ciel à la recherche de traces de vie.
Car la question n’a rien de farfelu. Des milliers d’exoplanètes ont désormais été identifiées, certaines potentiellement habitables. Sur Mars, des robots recherchent les traces d’une vie ancienne ; ailleurs, on analyse l’atmosphère de mondes lointains ou l’on écoute l’Univers dans l’espoir d’y déceler un signal. Et la biologie spéculative permet d’imaginer, à partir de nos connaissances scientifiques, les formes que pourrait prendre une vie extraterrestre.
À la croisée de la photographie, des sciences et de l’imaginaire, Sommes-nous seuls (dans l’univers) ? joue ainsi avec nos certitudes et notre fascination pour l’inconnu. Car chercher une vie ailleurs, c’est aussi interroger notre définition du vivant, notre rapport aux images et aux preuves, et notre capacité à reconnaître ce qui nous est radicalement étranger.
Extraits des textes
« Imaginer un alien », par Jean-Sébastien Steyer
La biologie spéculative est un jeu intellectuel consistant à imaginer une forme de vie fictive la plus plausible et réaliste possible. Il peut s’agir d’un organisme qui peuple la biodiversité sur Terre, par exemple dans un futur plus ou moins lointain (évolution spéculative), ou qui fait partie d’une biodiversité extraterrestre (exobiologie spéculative). Dans la culture des mondes imaginaires, en particulier dans l’industrie du jeu vidéo et du cinéma, cet exercice de pensée se nomme aussi le creature design.
Pour atteindre son but, la biologie spéculative doit prendre en compte les connaissances scientifiques en matière de biologie bien sûr, mais aussi d’écologie, d’exobiologie et de paléontologie. Bactéries, dinosaures, tardigrades ; l’évolution des espèces nous montre en effet que la vie est résiliente et peut apparaitre d’une manière insoupçonnée dans des conditions extrêmes : chaque plongée en bathyscaphe dans les abysses nous remonte son lot de nouvelles espèces, tout comme chaque exploration paléontologique nous livre des fossiles plus spectaculaires les uns que les autres.
« Une si séduisante possibilité de vie », par Roland Lehoucq
Durant l’été 1950, réagissant à l’actualité des « soucoupes volantes » qui défrayaient la chronique, le physicien Enrico Fermi (1901-1954) demande au cours d’une conversation informelle avec trois collègues : « Si les extraterrestres existent, où sont-ils donc ? ». Pour y répondre, il se lance dans un calcul « de coin de table » dont il était friand. En supposant qu’une civilisation extraterrestre technologiquement avancée nous ait précédé dans la Galaxie et qu’elle a tenté de la coloniser, Fermi estime qu’une vitesse globale du front de colonisation de seulement 1% de la vitesse de la lumière suffit à la visiter entièrement en quelques millions d’années : c’est très court par rapport à l’âge de la Galaxie et à la durée d’évolution de la vie terrestre. Fermi en conclut que si des civilisations extraterrestres technologiquement avancées ont existé, nous devrions en voir la trace, ce qui n’est pas le cas…
De nombreuses réponses à ce paradoxe ont été proposées. La première est qu’il n’y a jamais eu de civilisations extraterrestres et que nous sommes seuls dans ce vaste Univers : au moins une des hypothèses de Fermi ne serait pas vérifiée, faussant ainsi son calcul. La deuxième est qu’elles existent mais qu’elles ne sont pas encore entrées en contact avec nous. C’est celle que suggère Calvin, le petit garçon de la bande dessinée Calvin & Hobbes de Bill Watterson, en contemplant une décharge sauvage en pleine forêt : « Parfois je me demande si la meilleure preuve qu’il existe des espèces intelligentes quelque part dans l’Univers c’est qu’aucune n’a encore essayé de nous contacter ». La troisième — elles existent et sont déjà venues — est la plus discutable d’un point de vue scientifique et pourtant la plus séduisante aux yeux du public. C’est celle dont nous discutons et que nous mettons en scène dans ce livre.









