Description
Après 20 ans à Sète, ImageSingulières s’est installé dans un village perché des Cévennes et y propose à nouveau une résidence photographique, un livre et une exposition pour tracer, d’année en année, un portrait contrasté de ce territoire et de ses habitants. Yohanne Lamoulère, née non loin de là, en est la deuxième invitée, après Cédric Gerbehaye. Comme à Marseille dans Faux Bourgs (Le Bec en l’air, 2018), c’est son obsession pour la jeunesse qui a guidé les rencontres de la photographe en Cévennes.
Une jeunesse tantôt grave, tantôt légère – tantôt seule, tantôt se rassurant « entre potes » ou en famille. C’est un livre d’amitié, de tendresse, de fraternité et de sororité, de moments suspendus dans la poésie des petits riens. Dans leurs habitudes et leur usage du monde contemporain, peu de différences avec les ados que Yohanne Lamoulère côtoie à Marseille. Seul le décor change, finalement, qui leur offre davantage de liberté qu’en ville. Le paysage est ainsi un personnage important de ce livre. Non tant ce paysage cévenol tendu de crêtes qui vous grise à perte d’horizon (il y en a, mais peu). C’est un paysage en plan serré, vécu au plus proche par ces filles et ces garçons qui semblent en connaître chaque pierre, chaque tronc d’arbre, chaque mousse, chaque banc, chaque graffiti de chaque mur et chaque méandre de rivière où se baigner… Un paysage sillonné par la marche ou en véhicule – le bus du ramassage scolaire qu’il faut apprendre à attendre et, lorsqu’on sera « permifié », l’éternel scooter et bientôt la voiture.
Les photographies sont accompagnées d’un entretien avec Yohanne Lamoulère. Elle y réveille les souvenirs d’une enfance nîmoise, où les Cévennes n’étaient jamais bien loin dans les esprits, et s’y interroge sur la spécificité de cette jeunesse.
Extrait de l’entretien
« Les gamins “nés ici” que j’ai rencontrés sont très attachés au territoire, très mobiles aussi. Et ceux qui sont arrivés plus tard éprouvent le même sentiment. On prend soin de la terre. C’est très difficile de qualifier une jeunesse, il en existe une multitude. J’ai photographié des jeunes personnes d’âges très divers, de conditions sociales différentes : jeunes précaires, travailleur·ses, lycéen·nes, alternants, mineurs isolés. Il y en a qui ont quitté les Cévennes et qui reviennent chaque été, et d’autres qui sont venu·es pour leurs études, ont trouvé l’amour et sont resté·es. Et grâce à la photographie, on peut réunir cette multitude dans un livre. Gentil mensonge d’union. »
Yohanne Lamoulère










